Les bibliothèques n'ont jamais autant investi dans leurs collections, leurs services et leurs actions culturelles. Pourtant, elles peinent de plus en plus à être visibles au moment où les citoyens découvrent un sujet ou recherchent une information.
Ce paradoxe ne s'explique ni par un manque de qualité, ni par un manque d'engagement des professionnels.
Il résulte d'une transformation profonde des usages numériques.
Une richesse documentaire qui reste souvent invisible
Chaque année, les bibliothèques investissent dans :
- des milliers de nouveaux documents ;
- des ressources numériques ;
- des expositions ;
- des conférences ;
- des ateliers ;
- des rencontres avec des auteurs ;
- des actions d'éducation aux médias et à l'information.
Jamais les bibliothèques n'ont proposé une offre aussi riche.
Pourtant, une grande partie de cette richesse reste méconnue des habitants.
Non pas parce qu'elle manque d'intérêt.
Mais parce qu'elle apparaît rarement au moment où les citoyens commencent leurs recherches.
Les citoyens ne commencent plus leurs recherches par le catalogue
Lorsqu'une personne souhaite apprendre à jardiner, comprendre un conflit international, choisir un roman ou découvrir un compositeur, son premier réflexe est rarement de consulter le portail documentaire de sa bibliothèque.
Elle ouvre généralement :
- Google ;
- YouTube ;
- un réseau social ;
- un moteur de recherche ;
- une intelligence artificielle conversationnelle.
La bibliothèque intervient souvent plus tard…
…lorsqu'elle intervient encore.
Le défi n'est donc pas de convaincre les citoyens de lire davantage.
Il consiste à faire en sorte que les collections publiques soient présentes dès les premières étapes de leur parcours de découverte.
Les catalogues sont conçus pour retrouver…
Les catalogues documentaires répondent parfaitement à une question précise.
Je cherche ce livre.
Je connais cet auteur.
Je veux réserver ce document.
Ils excellent dans la recherche documentaire.
En revanche, ils sont beaucoup moins adaptés lorsqu'un citoyen ne sait pas encore ce qu'il cherche.
Or, Internet fonctionne différemment.
Les plateformes numériques privilégient la découverte progressive :
- recommandations ;
- vidéos similaires ;
- sujets associés ;
- contenus populaires ;
- tendances.
Autrement dit, elles répondent autant à la curiosité qu'à la recherche.
Les bibliothèques sont en concurrence avec l'abondance
Chaque jour, des millions de contenus sont publiés.
Vidéos.
Podcasts.
Articles.
Publications sur les réseaux sociaux.
Newsletters.
Intelligences artificielles.
Jamais les citoyens n'ont eu accès à autant d'informations.
Dans cet environnement, le principal défi n'est plus de produire des contenus.
Il est d'être visible au bon moment.
Les bibliothèques ne sont plus seulement en concurrence avec les autres bibliothèques.
Elles évoluent dans un environnement où chaque information rivalise pour attirer l'attention.
Les équipes ne peuvent pas tout valoriser
Les bibliothécaires réalisent déjà un travail considérable de médiation :
- coups de cœur ;
- tables thématiques ;
- bibliographies ;
- sélections ;
- réseaux sociaux ;
- newsletters ;
- affiches ;
- animations culturelles.
Ces actions sont précieuses.
Mais elles mobilisent du temps.
Or une bibliothèque peut posséder :
- 40 000,
- 80 000,
- parfois plus de 300 000 documents.
Aucune équipe ne peut communiquer individuellement sur l'ensemble de ces ressources.
Une grande partie des collections reste donc invisible, malgré leur qualité.
La visibilité est devenue un nouvel enjeu du service public
Les bibliothèques ont toujours eu pour mission de rendre la culture accessible.
Aujourd'hui, cette mission ne consiste plus uniquement à conserver et mettre à disposition des collections.
Elle implique également de permettre aux citoyens de les découvrir.
Être accessible ne suffit plus.
Encore faut-il être visible au moment où un besoin apparaît.
La découvrabilité prolonge ainsi la mission historique des bibliothèques dans les environnements numériques.
Une opportunité plutôt qu'une menace
Cette évolution peut être perçue comme une contrainte.
Elle représente surtout une formidable opportunité.
Les plateformes numériques permettent aujourd'hui d'aller à la rencontre des publics bien au-delà des murs de la bibliothèque.
Elles offrent la possibilité de faire découvrir :
- un livre à partir d'une vidéo ;
- un documentaire à partir d'une actualité ;
- une exposition à partir d'un centre d'intérêt ;
- une conférence à partir d'une recherche en ligne.
Autrement dit, elles permettent d'accompagner les citoyens là où leurs questions émergent.
De la visibilité à la découvrabilité
Pendant longtemps, les bibliothèques ont principalement cherché à communiquer sur leurs activités.
La découvrabilité propose une approche complémentaire.
Elle ne consiste pas à diffuser davantage de messages.
Elle vise à créer des passerelles entre les usages numériques et les collections publiques.
Plutôt que d'attendre que les citoyens viennent vers la bibliothèque, elle permet à la bibliothèque d'être présente dans leurs parcours de découverte.
Cette évolution marque un changement de perspective.
L'objectif n'est plus seulement d'être trouvé.
Il est d'être découvert.
En résumé
Les bibliothèques ne deviennent pas moins visibles parce qu'elles seraient moins pertinentes.
Elles deviennent moins visibles parce que les parcours de découverte se sont déplacés vers de nouveaux espaces numériques.
Dans ce contexte, la question n'est plus seulement de constituer des collections de qualité.
Elle est de permettre à ces collections d'apparaître naturellement au moment où les citoyens s'intéressent à un sujet.
C'est précisément l'objectif de la découvrabilité : prolonger la mission des bibliothèques dans les nouveaux parcours de découverte et faire en sorte que leur richesse documentaire continue de rencontrer ses publics.
À découvrir ensuite
Découvrez comment la découvrabilité complète les outils traditionnels de communication et de médiation pour renforcer durablement la visibilité des bibliothèques dans les usages numériques.
