Les bibliothèques n'ont pas perdu leur utilité. Le point de départ des découvertes a changé.

Pendant des décennies, les bibliothèques occupaient naturellement une place centrale dans les parcours d'accès à la connaissance. Pour découvrir un auteur, approfondir un sujet ou préparer un projet, les citoyens se rendaient en bibliothèque, échangeaient avec un bibliothécaire ou consultaient le catalogue.

Aujourd'hui, cette réalité a profondément évolué.

Les bibliothèques continuent de proposer des collections riches, diversifiées et soigneusement sélectionnées. Pourtant, elles ne constituent plus le premier réflexe lorsqu'une personne souhaite découvrir un livre, comprendre un sujet ou trouver une ressource culturelle.

Le problème n'est donc pas la qualité des collections.

Le problème est que les parcours de découverte ont changé.


Les nouveaux points d'entrée de la connaissance

Internet a profondément modifié notre manière de rechercher et de découvrir l'information.

Avant même d'envisager une visite en bibliothèque, un citoyen commence généralement son parcours par :

  • une recherche sur Google ;
  • une vidéo sur YouTube ;
  • une recommandation sur un réseau social ;
  • une réponse générée par une intelligence artificielle comme ChatGPT ;
  • un podcast ou un article partagé en ligne.

Ces plateformes sont devenues les premiers lieux où naît la curiosité.

On n'y cherche plus seulement une réponse : on y découvre des idées, des auteurs, des œuvres, des méthodes, des témoignages ou des conseils qui orientent ensuite les choix de lecture, de visionnage ou d'apprentissage.

La découverte précède désormais la consultation du catalogue.


Les algorithmes sont devenus les nouveaux médiateurs

Chaque jour, des millions de recommandations sont proposées automatiquement.

Une vidéo en suggère une autre.

Un article renvoie vers un nouveau sujet.

Une recherche ouvre la voie à d'autres contenus.

Ces recommandations influencent progressivement les parcours de découverte.

Autrefois, ce rôle était principalement assuré par les bibliothécaires, les libraires, les enseignants, les journalistes ou les proches.

Aujourd'hui, les plateformes numériques jouent elles aussi un rôle majeur dans cette médiation.

Le défi n'est pas de remplacer les professionnels de la culture.

Il est de faire en sorte que leurs sélections continuent d'être visibles dans ces nouveaux environnements.


Les bibliothèques restent essentielles

Cette évolution ne remet pas en cause la mission des bibliothèques.

Au contraire.

Jamais les citoyens n'ont eu autant besoin de lieux capables de proposer :

  • des collections fiables ;
  • des ressources diversifiées ;
  • une médiation humaine ;
  • un accompagnement personnalisé ;
  • un accès libre à la connaissance.

Les bibliothèques demeurent des acteurs essentiels de l'émancipation, de la culture et de la citoyenneté.

Mais leur expertise ne peut produire pleinement ses effets que si les citoyens la rencontrent au moment où leurs questions apparaissent.


De la communication à la découvrabilité

Pendant longtemps, les bibliothèques ont principalement développé leur visibilité grâce à leurs portails documentaires, leurs newsletters, leurs affiches, leurs réseaux sociaux ou leurs animations.

Ces actions restent indispensables.

Cependant, elles interviennent souvent après que le citoyen a déjà choisi son parcours de découverte.

La découvrabilité propose une approche complémentaire.

Son objectif n'est pas d'attendre que les citoyens viennent spontanément consulter le catalogue, mais de permettre aux collections, aux ressources numériques et aux actions culturelles d'apparaître naturellement là où les découvertes commencent déjà.

Autrement dit, il ne s'agit plus seulement de communiquer sur les collections.

Il s'agit de rendre les collections découvrables.


Une nouvelle opportunité pour les bibliothèques

Cette évolution représente bien plus qu'un défi technique.

Elle constitue une formidable opportunité.

En rejoignant les nouveaux parcours numériques, les bibliothèques peuvent :

  • valoriser l'ensemble de leurs collections, y compris les moins visibles ;
  • accompagner les citoyens au moment où naît leur curiosité ;
  • renforcer leur rôle de médiateur dans les environnements numériques ;
  • favoriser une information pluraliste et diversifiée ;
  • prolonger leur mission de service public au-delà de leurs murs.

La découvrabilité ne remplace ni les bibliothécaires, ni les catalogues, ni les actions culturelles.

Elle crée un lien entre ces ressources et les nouveaux usages des citoyens.


Préparer les bibliothèques aux usages de demain

Les parcours de découverte continueront d'évoluer.

Après les moteurs de recherche sont apparus les réseaux sociaux.

Puis les plateformes vidéo.

Aujourd'hui, les intelligences artificielles conversationnelles deviennent à leur tour de nouveaux points d'entrée vers l'information.

Demain, d'autres usages émergeront encore.

L'enjeu n'est donc pas de s'adapter à une plateforme particulière.

Il est de permettre aux bibliothèques de rester présentes, quels que soient les outils utilisés par les citoyens pour découvrir la culture, apprendre et s'informer.

C'est précisément l'ambition de la découvrabilité.


En résumé

Les citoyens ne découvrent plus la culture de la même manière qu'il y a vingt ans.

Les bibliothèques restent des acteurs essentiels de l'accès à la connaissance, mais elles ne sont plus systématiquement le point de départ des parcours de découverte.

Comprendre cette évolution constitue la première étape pour imaginer de nouvelles formes de médiation, capables de rapprocher les collections des usages numériques contemporains.

La découvrabilité répond à cette ambition : faire en sorte que les ressources des bibliothèques restent visibles, accessibles et pertinentes dans les espaces où les découvertes commencent aujourd'hui.


À découvrir ensuite

Cette page explique pourquoi des collections toujours plus riches peuvent paradoxalement devenir moins visibles dans les parcours numériques contemporains, et pourquoi cette évolution concerne l'ensemble des bibliothèques.